De quelle façon ?

Chaque foyer télécharge sur le site le « kit 1 »[1], c’est-à-dire les documents relatifs à ce TD et le prépare avant la réunion du groupe.

 

Le PCS (Prêtre Conseiller Spirituel) ou le foyer qui a prévu d’assurer « l’accompagnement » de ce TD le prépare de la même façon, tout en demandant le « kit 2 » (conseils doctrinaux et pédagogiques), disponible au secrétariat de Domvs (secretariatdomus@gmail.com) à compter d’octobre 2018.

La « mise en commun » vient après et constitue seulement un approfondissement.

 


 

 

1er TD : Famille et espérance

Le « kit 1 » contient :

 

Préparation en foyer

I – Formation générale

  1. À partir de l’acte d’espérance (à trouver dans un missel des fidèles ou dans un catéchisme) et de la conférence du Père Luc-Thomas Somme (voir en Annexe), élaborer une définition de la vertu théologale d’espérance.
  1. Citez des passages de la Sainte Écriture parlant de l’espérance en Dieu. Lesquels vous touchent le plus et pourquoi ?
  1. Pensez-vous que la mentalité contemporaine dispose bien à l’espérance ? Quels risques courent nos contemporains sur ce point ?

 

II – Vie conjugale et familiale

  1. De quelle façon peut-on pécher contre l’espérance, comme époux ou comme parents ? Donnez des exemples.
  1. Peut-on tout demander dans la prière ? Seul ? À deux ? En famille ?
  1. Peut-on et doit-on espérer le Ciel pour son conjoint, pour son enfant ? N’est-ce pas forcer leur liberté ?
  1. Pourquoi l’espérance est-elle souvent liée aux épreuves que nous vivons en famille (deuil, chômage, accident, etc.) ? N’est-ce pas paradoxal ?
  1. Comment aider un conjoint ou un enfant désespéré ?
  1. Devons-nous aborder le sujet de la mort avec nos enfants ? De quelle façon ?
  1. Donnez des idées concrètes pour affermir familialement l’espérance surnaturelle.

Annexes

 

1- Prédication du P. Somme

Père Luc-Thomas Somme, o. p., Prédication de Carême 2002 à Notre-Dame-des-Armées, Versailles

(texte publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Les titres sont ajoutés par Domvs Christiani)

 

La vertu d’espérance

Une ombre diabolique refroidit notre terre : l’affreuse tentation de désespérer. Notre monde désenchanté prend acte des millions de morts que les utopies politiques ont provoqués en un siècle, alors que le progrès des sciences semblait pourtant permettre tous les enthousiasmes. Guerres, famines, épidémies et précarités sociales viennent sans cesse démentir la folle illusion d’une absolue sécurité. Des pays et des continents vivent dans l’insouciance du mauvais riche, tandis que des Lazare meurent affamés des miettes que d’insouciantes omissions ne leur auront pas procurées. Et le bien-être semble sécréter la dépendance envers les paradis artificiels, sa vacuité de sens se manifestant tragiquement par la croissance du taux de suicide dans nos sociétés aisées, et tout particulièrement dans les populations jeunes. Ce noir tableau n’est pas faux. On pourrait le décrire longtemps encore à la manière des nouvelles, toujours assez mauvaises, des journaux télévisés.

Au plan individuel aussi, l’épreuve de la maladie, de la vieillesse et de l’inéluctable rendez-vous avec la mort nous rappelle la fragilité de nos entreprises. Insensé, nous dit Jésus, celui qui amasse présomptueusement, sans vivre dans la vigilance à l’égard du moment – cette nuit même – où il sera dépossédé de son bien. À quoi bon s’agiter ? Naître pour mourir ? L’Ecclésiaste pose déjà un regard désabusé sur cette existence et Job surtout en vient à regretter le jour de sa naissance.

Oh, certes, il y a ce bien précieux, cette incomparable consolation que procure la foi. Elle oriente notre cœur vers notre patrie définitive, vers la Jérusalem céleste, vers cette vision de Dieu qui comblera le plus ardent désir de notre cœur. Mais nous n’avons pas encore atteint ce port et notre prière se fait parfois aride et nous engage sur des chemins éprouvants de silence et d’obscurité. L’acédie parasite les meilleures vies chrétiennes et donne le dégoût de ce qui nous exaltait naguère. Il arrive que le chrétien, tout chrétien qu’il soit, et parce que chrétien justement, en vienne à crier intérieurement, comme le Christ en croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». La petite Thérèse, la plus grande sainte des temps modernes, éprouva la tentation de penser que la vie d’ici-bas déboucherait sur le néant. Espérer n’est pas chose aisée et, si ce nous semble tel aujourd’hui, pouvons-nous le présumer de demain ? Nul pécheur n’est si endurci que la grâce ne puisse le convertir en saint, mais nul fidèle n’est assuré non plus de sa persévérance finale : il lui faut la mendier dans la prière.

 

La nature de l’espérance chrétienne

Antidote invincible contre tout découragement, la vertu théologale d’espérance ancre notre vie spirituelle en la force du Dieu Sauveur. Elle réalise ce que l’épître aux Romains dit d’Abraham : « espérant contre toute espérance ». Ni présomptueuse ni désabusée, elle sait, contre le pélagianisme, que le salut est impossible sans la grâce, et contre le jansénisme, qu’il est objet de légitime confiance de la part de celui qui vit et reste en état de grâce. Saint Thomas d’Aquin explique que ce que l’on espère est un bien futur, difficile, mais possible. S’il nous apparaissait impossible, nous en viendrions à désespérer. S’il n’était pas difficile, notre tendance vers lui serait simplement le désir. S’il était déjà présent, nous en jouirions plutôt que de nous porter vers lui. Or, parmi tous les biens possibles, quel est celui que nous pouvons vouloir au plus haut point, celui qui rassasie en plénitude notre faim, la meilleure part qui ne nous sera jamais enlevée ? Quel est le souverain bien, le terme ultime de notre désir le plus profond ? Dieu, voilà l’objet dernier de notre espérance.

Vertu théologale, elle a Dieu pour origine, pour motif et pour objet. Elle va à Dieu, elle vient de Dieu, elle s’appuie sur Dieu. C’est pourquoi, nous dit l’épître aux Romains, « l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné » (Rm 5, 5). Voilà pourquoi ce don de l’Esprit, arrhes de l’héritage céleste que le Père communique à ceux qu’il adopte comme ses enfants, motive notre espérance : « Cet Esprit, il l’a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l’héritage de la vie éternelle » (Tt 3, 6). Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? Si le Royaume des cieux est commencé au-dedans de nous, comment douterions-nous de la puissance de Dieu en nous ? Rien n’est impossible à Dieu. La mer Rouge s’est ouverte pour sauver le peuple des Hébreux et engloutir les Égyptiens à leur poursuite ; Abraham a obtenu une postérité dans son extrême vieillesse ; une vierge a enfanté un Sauveur ; Dieu s’est fait homme ; Jésus a guéri les malades, ramené son ami à la vie, pardonné les péchés… Rien n’est impossible à Dieu ! Le motif de notre espérance, c’est que Dieu est Dieu, Amour tout-puissant. Plus nous nous remémorons les merveilles du Seigneur, plus nous sommes portés à espérer, car ce qu’il a déjà fait pour nous nous montre ce qu’il est prêt à faire. « Gardons indéfectible la confession de l’espérance, car celui qui a promis est fidèle », comme l’écrit l’auteur de la Lettre aux Hébreux (He 10, 23). La liturgie, où nous célébrons ensemble le don de Dieu, est ainsi une source majeure de notre espérance. La vigile pascale en est le type le plus achevé : toute la tendresse que Dieu a montré envers le peuple qu’il a choisi, toute la puissance de salut qu’il a mise en œuvre, nul doute qu’il ne veuille déployer des effets similaires dans chacune de nos existences, plongées au jour de notre baptême et pour toujours dans le mystère pascal. Oui, s’il est présomptueux de vouloir se passer de la grâce, il ne l’est pas de se confier en elle. Notre espérance est assurée dès lors qu’elle est vraiment théologale, qu’elle porte, non seulement sur Dieu comme la béatitude que nous attendons, mais aussi sur lui comme le secours indispensable pour parvenir à l’achèvement de notre vocation d’enfant de Dieu. « Nous pouvons donc espérer la gloire du ciel promise par Dieu à ceux qui l’aiment (cf. Rm 8, 28-30) et font sa volonté (cf. Mt 7, 21). En toute circonstance, chacun doit espérer, avec la grâce de Dieu, “persévérer jusqu’à la fin” (cf. Mt 10, 22 ; cf. Cc. Trente : DS 1541 ) et obtenir la joie du ciel, comme l’éternelle récompense de Dieu pour les bonnes œuvres accomplies avec la grâce du Christ » (CEC 1821).

 

Pas d’espérance sans la foi

Par-dessus tout, la foi en la résurrection du Christ est la pierre angulaire de notre espérance en la vie éternelle. Le Christ est le premier-né d’entre les morts, le précurseur de tous ceux qui en lui et avec lui vivront pour toujours avec Dieu. Saint Paul écrit aux Thessaloniciens : « Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez ignorants au sujet des morts ; il ne faut pas que vous vous désoliez comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Puisque nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, de même, ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les emmènera avec lui » (1 Th 4, 13-14) ; et aux Corinthiens : « S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais, si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et, si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi ; vous êtes encore dans vos péchés. Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ; le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis » (1 Co 15, 14-20). À la sœur éplorée de son ami Lazare, qui vient de mourir, Jésus déclare : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? » (Jn 11, 25). Notre espérance ne sera vraiment chrétienne que si nous osons répondre affirmativement à cette question, que l’écriture nous a transmise. L’évangile soutient notre espérance. Celui qui se nourrit quotidiennement de la Parole de Dieu ne peut pas errer sans but. Saint Paul parle aux Colossiens de « l’espérance promise par l’évangile que vous avez entendu » (Col 1, 23), et encore : « Cette espérance, vous en avez naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, l’évangile » (Col 1, 5). Et l’épître aux Romains : « Tout ce qui a été écrit dans le passé le fut pour notre instruction, afin que la constance et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l’espérance » (Rm 15, 4). Mais « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous » ; la Parole divine est plus que le texte écrit transmis par les quatre évangélistes. Elle est la personne même de Jésus, mort sur la croix par amour pour nous. Ce que cette Parole nous dit, c’est qu’au moment même où tout paraît fini, où la pierre obstrue le tombeau, l’aube de la résurrection commence à poindre et que l’espérance avait raison de tenir bon, dans la constance. C’est cette même espérance qui fera courir les apôtres vers le tombeau désormais vide : ils se demandent encore s’il faut prendre au sérieux les témoignages des femmes ; ils n’osent pas encore y croire ; ils n’ont pas encore constaté, mais déjà ils se prennent à désirer que ce soit vrai ; ils l’espèrent.

 

Comment désirer Dieu ?

Comme la foi et la charité, l’espérance est à la fois vertu, et donc à la fois nôtre et intérieure, et théologale, et partant divine et gratuitement reçue. Elle s’accompagne de plusieurs autres dispositions d’âme sans lesquelles elle ne saurait se maintenir et s’épanouir et qui, elles aussi, sont autant de dons de Dieu.

Tout d’abord, l’espérance suppose un vrai désir de Dieu. Au demeurant, l’espérance chrétienne accomplit toute la longue attente, l’impatient désir du peuple de l’ancienne alliance par rapport au salut. Les psaumes et les prophètes ne cessent, sous des images variées, de nous présenter Dieu et la vision de sa face comme le terme ultime du désir du croyant. Car, plus que ceci ou cela, ce que nous espérons n’est autre que Dieu lui-même. Il est présent en nous, nous lui sommes unis et pourtant il ne cesse de nous manquer tant que nous ne le voyons pas et tant que nous pouvons craindre de nous séparer de lui. Oui, tant que nous vivons dans ce temps d’ici-bas, le reniement reste à notre portée et le don de crainte filiale nous fait redouter d’offenser ce Père très aimant qui nous a adoptés comme ses enfants. Le vrai désir de plaire à Dieu va donc avec la crainte de lui déplaire ; l’un et l’autre s’emploient à rechercher et à accomplir sa volonté. C’est pourquoi l’espérance « s’exprime et se nourrit dans la prière, tout particulièrement dans celle du Pater, résumé de tout ce que l’espérance nous fait désirer » (CEC 1820). Si désirer Dieu, c’est avoir faim et soif de lui, nul doute non plus que cela se concrétise au plus haut point dans le sacrement du corps et du sang du Christ ; l’eucharistie est le lieu de notre divinisation et nous y recevons les arrhes de notre héritage d’enfants de Dieu, les prémices de la vie éternelle. Bien des chrétiens éprouvés vivent cela très fortement : la participation au saint sacrifice de la messe et une digne communion leur procurent force et consolation, qu’il s’agisse du cours ordinaire de la vie ou de ses derniers moments lors de l’administration du viatique. Quelle tristesse que l’habitude mondaine de ne pas appeler le prêtre au chevet d’un mourant pour ne pas effrayer celui-ci, alors que rien n’importe plus en ces derniers moments que la consolation et l’espérance que le ministère ordonné peut offrir, par la confession, l’onction des malades et l’eucharistie. N’hésitons pas à exprimer à ce sujet nos claires volontés à nos proches, témoignons de notre faim, de notre soif de Dieu, « aujourd’hui et à l’heure de notre mort », afin de n’être pas privés des voies ecclésiales, sacramentelles, de notre espérance chrétienne.

 

Enracinées dans l’amour, l’humilité et la confiance

Si l’espérance s’adosse au désir de Dieu, il est clair par ailleurs que celui-ci s’enracine dans l’amour. N’est espéré qu’un bien aimé qui nous manque. En l’occurrence : pas n’importe quel bien aimé : le Bien-Aimé, ce Seigneur qui ne nous appelle plus serviteurs mais amis, parce qu’il fait de nous les confidents de son Cœur, parce qu’il nous donne part à son amour divin. Cela ne signifie pas que, comme dans le cas de la foi, rien ne subsisterait de l’espérance au cas où le péché viendrait à expulser l’amour et la présence de Dieu en notre cœur. Mais, assurément, cette espérance qui ne serait plus vivifiée par l’amour serait anémiée et comme dénaturée si la grâce de Dieu et la présence du Saint-Esprit ne revenaient à demeure en nous. La plante déterrée, la fleur coupée peuvent bien subsister quelque temps, mais sèchent et meurent vite hors de leur milieu vital et nourricier. L’espérance plonge ses racines dans la charité ; déracinée de l’amour, elle fane.

Une autre condition de l’espérance est l’humilité. Si l’une des tentations contre cette vertu est le découragement, une autre, contraire, est la présomption, qui nous fait ignorer la difficulté. En matière de salut, cela se manifeste par la funeste illusion que les mises en garde de Jésus contre la perte éternelle ne seraient qu’hyperboles orientales ou rhétorique archaïque. Derrière la thèse si séduisante, si sympathique et si courante, selon laquelle « nous irons tous au paradis », se cache une erreur extrêmement pernicieuse, un détournement de l’évangile, une évacuation de l’espérance, une négation de la liberté. Inutile de spéculer sur le nombre de ceux qui seront sauvés : la révélation ne veut rien en dire, sinon un appel à la vigilance et à l’espérance, mais gardons-nous de l’orgueil de penser que le salut nous serait dû. Qu’avons-nous que nous n’ayons reçu de Dieu ? Seul l’humble sait cela.

L’espérance s’appuie encore sur la foi. Nul ne peut espérer Dieu sans croire en lui. Mais la foi implique aussi la confiance et celle-ci est en effet indispensable à l’espérance. Car, si nous sommes néant à l’égard de l’infini, il est déraisonnable d’espérer Dieu d’un autre que Dieu. Là encore, la prière est le meilleur indicateur de notre confiance en Dieu. Demander sans se lasser, frapper sans douter, crier sans se décourager : l’espérance nous soutient dans la confiance et nous procure la constance, la patience, la persévérance.

 

Être témoins de l’espérance

Si chaque chrétien vit selon toutes ces dispositions, alors l’ensemble de l’Église du Seigneur sera dans le monde une « communauté d’espérance ». Il est frappant, alors même que les chrétiens sont de plus en plus victimes de la dérision, que la voix de la papauté soit pourtant universellement reconnue comme porteuse d’espoir pour la paix, pour le respect et la promotion de la vie et de la dignité humaines. On ne saurait non plus passer sous silence la lutte courageuse de tant de chrétiens, individuellement ou collectivement, contre les tentations de suicide, contre la dépendance à la toxicomanie, contre la marginalisation sociale, contre l’avortement, contre les épidémies mortelles, et cela avec la compassion même de Jésus envers ceux qu’il est venu appeler à la vraie liberté. Quelques articles de rares revues relatent discrètement cette réalité lumineuse du christianisme, mais savons-nous suffisamment être fiers et joyeux de toute cette œuvre de Dieu en son Église ?

Il arrive, plus souvent qu’on ne croit, que cette question soit posée à des chrétiens : « Mais pourquoi faites-vous cela pour moi ? ». Une bienveillance gratuite étonne et peut être l’occasion d’annoncer celui qui est la source, le moteur et la fin de notre vie : Notre-Seigneur Jésus-Christ. La première épître de saint Pierre nous y exhorte : « Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Oui, notre espérance ne peut pas rester simplement trésor caché, recette secrète, à la manière de ces écoles de bien-être qui fleurissent aujourd’hui et ponctionnent les portefeuilles des anxieux de réussite sociale. Notre espérance est vouée au rayonnement ; elle doit se faire altruiste ou, mieux, charitable. Elle s’enracine dans l’amour, mais elle doit aussi y mener. Nous ne pouvons pas donner à autrui l’espérance théologale, pas plus que la foi ou la charité, mais nous pouvons réconforter, encourager, stimuler, ne serait-ce que par l’exemple. Combien les premières générations chrétiennes ont été marquées par le courage des martyrs ! Aujourd’hui encore certains de nos frères, forts de leur espérance dans la vie éternelle et emplis de l’amour de Dieu, offrent leur vie en signe de leur fidélité à leur Seigneur. Ils sont l’honneur de l’Église, la muette éloquence par laquelle celle-ci prononce le nom béni de Jésus, notre Sauveur, crucifié par amour et ressuscité par la puissance de Dieu. L’espérance, pour personnelle qu’elle soit, ne doit pas manquer d’être saintement contagieuse. Il faut savoir espérer pour autrui.

Il faut savoir encore espérer en autrui. Parce que le chrétien sait que son frère est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, qu’il est appelé à devenir enfant de Dieu, il nourrit à son égard une estime qui va bien plus loin que d’honorer seulement quelques dons naturels. Parce que ce même chrétien se sait pécheur et qu’il ne cesse de se remémorer comme strictement vraie la parole de Jésus – « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5) – il se garde de mépriser quiconque avec arrogance et sait que le plus grand pécheur aujourd’hui sera peut-être le plus grand saint demain. Une jeune religieuse vivant parmi les pauvres dans la mendicité me disait récemment la joie qu’il y avait pour elle de recevoir d’un pauvre. On peut acheter une bonne conscience en donnant au pauvre et, ce faisant, on peut aussi le maintenir dans l’humiliation, alors que recevoir le peu qu’il est fier de partager restaure en lui l’estime de soi. Espérer Dieu de Dieu, c’est aussi espérer Dieu en son image. En cette fin de carême, alors que nous croyons que les ténèbres du sépulcre laisseront place à l’aube de Pâques, courons mendier l’espérance, souhaitons-nous l’espérance, à l’instar de saint Paul aux Romains : « Que le Dieu de l’espérance vous donne en plénitude dans votre acte de foi la joie et la paix afin que l’espérance surabonde en vous par la vertu de l’Esprit Saint » (Rm 15, 13).

— –

 

2- Extraits de La foi en famille, de Christine Ponsard, EDB, 2001.

Chacun des trois extraits évoque tel ou tel point de l’espérance et de la confiance en famille.

Premier extrait : pp. 19-21 Famille chrétienne : famille de baptisés

« Une famille chrétienne est en route vers Dieu. Peu importe le point de départ, nous sommes sûrs d’arriver au but… à condition de nous mettre en route, de ne pas rester à terre après une chute, d’accepter de reconnaître que nous nous sommes trompés de chemin. « Il faut une conversion continuelle, permanente, qui, tout en exigeant de se détacher intérieurement de tout mal et d’adhérer au bien dans sa plénitude, se traduit concrètement en une démarche conduisant toujours plus loin […] La famille a mission de devenir toujours davantage ce qu’elle est, c’est-à-dire communauté de vie et d’amour »[1]. Ce qui nous permettra d’arriver au but, c’est la confiance inlassable avec laquelle nous mettons notre main dans celle de Jésus, en refusant l’autosatisfaction comme le découragement. »

[…]

« Les familles chrétiennes sont appelées à mettre toute leur confiance en Dieu : cela ne veut pas dire attendre en se croisant les bras que Dieu fasse le travail à leur place ! Vivre en chrétien, c’est prier, mais c’est aussi agir au cœur du monde. « En manquant à ses obligations terrestres, le chrétien manque à ses obligations envers le prochain, bien plus, envers Dieu lui-même, et il met en danger son salut éternel »[2]. La foi ne nous dispense absolument pas d’acquérir des compétences pour agir efficacement, de retrousser nos manches pour travailler sur cette terre et de nous engager dans la vie politique, l’action syndicale, la recherche scientifique, etc. »

 

Deuxième extrait : pp. 262-264  Aux parents découragés

« Dieu désire par-dessus tout nous combler de ses dons : savons-nous les lui demander ? Savons-nous lui réclamer inlassablement ce qu’il nous faut pour éduquer nos enfants, chaque jour ? « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira » (Mt 7, 7). Mais pourquoi demander, vous dites-vous peut-être ? Après tout, Dieu ne sait-il pas ce dont nous avons besoin ? » […]

« Quand nous sommes découragés, quand nous ne savons plus par quel bout prendre un enfant qui nous déconcerte, quand nous avons l’impressions d’être incapables d’assumer nos responsabilités, la première chose à faire – et à refaire, inlassablement – avant de chercher des solutions et des réponses à nos questions, c’est de tout remettre au Seigneur avec confiance. Tout : nos doutes, nos douloureuses interrogations, nos révoltes, nos remords, nos insomnies, nos larmes et nos fragiles espoirs. Confions-lui surtout ces enfants qui sont d’abord les siens. Il les aime encore plus que nous ne les aimons. Il sait ce qui est le meilleur pour eux. Il est toujours prêt à pardonner, et de tout mal, il sait tirer un bien. »

 

Troisième extrait : pp. 266-267 Avec sainte Monique

« L’espérance ne supprime pas la souffrance. « Le fils de tant de larmes ne saurait être perdu », disait saint Ambroise pour encourager Monique. Les larmes de cette mère douloureuse ont dû couler plus d’une fois : cette souffrance la rend proche de tous les parents dont le cœur est broyé par le départ de l’enfant prodigue, qu’il s’agisse d’une rupture effective ou d’un éloignement moins spectaculaire, mais tout aussi profond. »« Dieu veut le meilleur pour chacun de nos enfants : si sainte Monique n’avait pas été persuadée de cela, si elle n’avait pas su, dans la foi, que son amour maternel n’était que le reflet de l’amour de Dieu pour Augustin, comment aurait-elle pu garder l’espérance pendant tant d’années ? Car elle a attendu pendant plus de vingt ans la conversion de son fils. Combien de mères auraient baissé les bras ou se seraient épuisées en remords stériles ! Elle a gardé l’espérance, en appuyant son désir sur le désir de Dieu.»

[…]

« Monique ne pouvait rien avec ses propres forces mais, en Dieu, elle pouvait tout : seule la prière était toujours en son pouvoir. Alors elle a prié. Pas une fois, pas le temps d’une neuvaine ou d’une année : pendant plus de vingt ans, sans résultat apparent. Jusqu’au jour om Augustin s’est ouvert à la grâce. « Le fils de tant de larmes » est devenu le fils de la joie. Osons demander cette joie-là : Dieu la désire plus que nous encore. »

— –

 

[1] Saint Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio, § 9.

[2] Id., 43, § 1.

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