En mission

Chaque famille baptisée est appelée à devenir une Église domestique en mission, témoignant avec joie et charité de l’amour du Christ dans le monde d’aujourd’hui.

Tout baptisé a comme belle responsabilité de grandir chaque jour dans la sainteté reçue à son baptême. Mais on ne devient pas saint pour soi-même seulement, on le devient aussi pour les autres. Le chrétien est donc appelé à faire du bien autour de lui, en vertu de la dimension prophétique de son baptême, c’est-à-dire en premier lieu dans sa famille et en second lieu au-delà. En dehors de la famille, dans le monde, de nombreuses personnes souffrent de ne pas connaître le Christ et de situations difficiles. « À la vue des foules, il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger » (Mt 9, 36). La première mission est celle du Fils envoyé dans le monde par son Père ; Jésus à son tour a envoyé ses disciples. Participantes de ce mystère, les familles sont elles-mêmes envoyées en mission. Témoigner de l’Évangile ne commence donc pas par une technique ou un programme, mais par une conversion du regard : apprendre à voir ceux qui nous entourent avec les yeux mêmes du Christ, ému par leur fragilité et leur soif d’amour. Témoigner naît de la charité et vise le salut éternel des personnes par lesquelles le Christ est mort et ressuscité. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » (Co 1, 16). 

La mission n’est pas une option, ni réservée aux prêtres ou aux communautés religieuses. Elle est une forme d’expression pour une personne baptisée de témoigner de l’amour que Dieu a pour nous, qui a une valeur de transmission : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Mt 10, 8). 

Être en mission c’est d’une certaine manière partager des joies, de l’enthousiasme. Cela répond à une nécessité de maintenir une certaine saveur dans notre monde : « Vous êtes le sel de la terre […] vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-14). C’est par ces mots que l’évangéliste Saint Matthieu donne l’importance à la mission et le rôle d’un chrétien. De même que si on veut éclairer un chemin on ne pose pas une lumière au sol, on la suspend en haut d’un lampadaire. 

La mission revêt trois dimensions qui sont toutes liées : louer Dieu, annoncer l’Évangile et soigner la souffrance. Ces trois piliers ne s’opposent pas, ils se nourrissent mutuellement. Celui qui loue vraiment Dieu brûle d’en témoigner. Celui qui annonce l’Évangile ne peut rester indifférent à la détresse de son prochain. Et celui qui se penche sur la souffrance d’une personne devient, souvent sans le savoir, un évangélisateur « de la première heure ».

LA FAMILLE, ÉGLISE DOMESTIQUE EN MISSION

La famille n’est pas étrangère à cette triple vocation. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle que « la famille chrétienne est une communion de personnes, reflet et image de la communion du Père et du Fils dans l’Esprit Saint » (§ 2205). En ce sens, toute famille qui vit authentiquement dans la foi accomplit déjà une mission au cœur du monde. Saint Jean-Paul II nous y invite dans Familiaris Consortio en indiquant qu’en tant que famille chrétienne participant à la vie et à la mission de l’Église, elle est insérée activement dans l’évangélisation du monde. Elle est ainsi, à sa propre échelle, une Église domestique.

Cela relève même de la responsabilité des époux : les époux, en vertu du sacrement du mariage par lequel ils signifient et participent au mystère de l’unité et de l’amour fécond entre le Christ et l’Église, s’entraident mutuellement pour atteindre la sainteté dans la vie conjugale. La conjugalité elle-même ouvre donc à un témoignage missionnaire. Aimer son époux ou son épouse à la manière du Christ qui a aimé son Église est un acte d’évangélisation silencieux mais puissant, rendu visible dans le quotidien de la vie commune.

Et les enfants ? L’éducation dans la foi est l’une des premières œuvres d’amour que des parents peuvent accomplir. Transmettre la foi par le baptême et le contenu de la foi par le catéchisme, apprendre à prier en famille, lire ensemble les Évangiles, accompagner ses enfants vers les sacrements : voilà déjà une mission accomplie !

Mais la vocation familiale ne s’arrête pas aux murs de la maison. Le pape François, dans Evangelii Gaudium, exhorte chaque chrétien à « sortir » : « Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort » (§ 49). Non que l’Église soit sale en elle-même parce qu’elle est Sainte, mais parce qu’elle est au contact de la misère ; la famille est appelée aussi, avec prudence et discernement, à ce mouvement vers l’extérieur. Servir les autres, accueillir, partager, se laisser déranger : c’est là que la charité trouve sa pleine expression et la preuve de son authenticité. Une famille qui exerce la charité en son sein est amenée naturellement à l’exercer au-delà de la famille. Par opposition, ne pas être touché par une souffrance ou une misère extérieure révèlerait une contradiction.

L’URGENCE D’ÉVANGÉLISER ET LA GRANDE MISÈRE DE L’INCROYANCE

L’époque dans laquelle nous vivons souffre d’une misère spirituelle profonde : l’absence de foi, l’absence de sens, une vie vécue comme si Dieu n’existait pas. Tout cela bien que largement constaté autour de nous, est en contradiction avec le message de l’évangile « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. » (Marc 16,15). Cette mission d’annonce s’adresse à tous, et est une invitation à le faire le plus largement possible.

Pour nous inspirer dans cette mission, l’Église nous offre des modèles de sainteté accessibles, incarnés dans des vies ordinaires. Saint Carlo Acutis, mort à quinze ans en 2006, nous montre qu’un adolescent d’aujourd’hui peut être un apôtre fervent. Sa devise, « l’Eucharistie est mon autoroute vers le ciel », et son engagement à recenser les miracles eucharistiques à travers le monde pour les partager via internet (www.miracolieucaristici.org), témoignent qu’évangéliser ne demande pas des moyens extraordinaires, mais un amour extraordinaire pour le Christ. Ou encore, les époux Louis et Zélie Martin, canonisés en 2015, dont la vie conjugale et familiale, offerte à Dieu avec générosité, a été féconde jusqu’à donner à l’Église la petite Thérèse et ses sœurs. Ils nous rappellent que la sainteté conjugale est non seulement possible, mais belle et rayonnante. « Là où les saints passent, Dieu passe avec eux » (Saint Jean-Marie Vianney repris par Saint Jean-Paul II).

LA SOUFFRANCE, MYSTÈRE ET LIEU DE MISÉRICORDE

La mission ne se limite pas à l’annonce ou au témoignage. Elle implique également le secours aux personnes affligées, qui sont nombreuses autour de nous. Au contact de ces personnes, la souffrance peut être palpable.

Le Catéchisme de l’Église catholique ne contourne pas cette question : « Pourquoi existe-t-il le mal ? […] aucune réponse rapide ne saura suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse à cette question » (§ 309). La souffrance est un mystère, et il faut avoir le courage de le dire avec humilité. Mais ce mystère n’est pas vide de sens. Le Christ crucifié l’a habité de l’intérieur. Et c’est dans ce mystère que l’Église est appelée à entrer, non pas avec des réponses toutes faites, mais avec une présence aimante.

Le bon Samaritain de l’Évangile « fut pris d’entrailles de miséricorde » (Luc 10, 33) à la vue de l’homme blessé. Cette image des « entrailles émues » est capitale. La mission ne commence pas par un programme, elle commence par une charité qui se laisse toucher. Une famille catholique vivante est naturellement appelée à cette disponibilité : soutenir un couple en difficulté, accompagner un voisin isolé, offrir du temps à celui qui est dans le besoin. Les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles, enseignées par l’Église depuis des siècles, sont la forme concrète de cet amour en acte.

Certaines rencontres peuvent être providentielles. Être témoin d’une scène qui nous touche, prendre conscience que par notre présence à un moment précis nous pouvons, grâce à Dieu,  apporter une aide précieuse.

MISSIONNAIRES D’HIER, D’ AUJOURD’HUI ET DE DEMAIN

L’Église a toujours été missionnaire, et il existe de nombreuses communautés religieuses qui œuvrent au quotidien en mission pour les pauvres et les démunis. Un engagement occasionnel ou régulier au service de ces œuvres est un autre moyen de participer à la mission, de manière pleinement accessible et désintéressée. En donnant de sa personne, on ne reçoit pas forcément en retour, mais il y a toujours une belle générosité, celle d’apporter du bien ou de l’espérance. Sainte Mère Teresa l’illustrait brillamment : « Ne laissez personne venir à vous sans repartir plus heureux ».

Les actions à travers les œuvres de bienfaisance sont de bons moyens, concrets et encadrés de s’engager. Ils sont à la suite d’initiatives portées par d’autres personnes. La mission n’est pas forcément une collaboration avec des organisations existantes : chaque chrétien est capable d’agir au nom du Christ pour soulager la misère. Il peut et doit donc, de sa propre initiative, œuvrer. Beaucoup de belles œuvres dans l’Église ont commencé de cette manière. Dans l’élan missionnaire, solliciter l’aide d’un frère ou d’un ami peut renforcer l’action ou l’impact de la mission.

Les parents ont un impact sur l’engagement que prennent ou que prendront leurs enfants par la sensibilisation à l’importance des œuvres de charité. L’exemplarité des parents qui ont un engagement missionnaire et caritatif donne davantage de résonance soit par la transmission de l’engagement soit par la transmission de l’envie de s’engager.

DISCERNEMENT, PRUDENCE ET ACTION

La mission ne demande pas de tout donner à tout le monde à tout moment. Elle demande de la prudence, cette vertu cardinale qui consiste à discerner le bien à accomplir ici et maintenant. L’Esprit Saint, par ses dons, vient éclairer et soutenir ce discernement. Le don de conseil permet de voir clair dans les situations complexes ; le don de force donne le courage d’agir malgré la fatigue ou la peur. La raison et la grâce marchent ensemble, et parfois, comme le dit si justement l’Évangile, un peu de folie est nécessaire : « La prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu » (Co 1, 18).

Chaque famille, chaque personne, doit donc se poser ces questions simples et décisives : Où puis-je donner de mon temps ? Où puis-je offrir mon énergie ? À qui suis-je envoyé, en ce moment précis de ma vie ? Ce discernement, fait dans la prière et la confiance, est lui-même une forme de mission. Il nous préserve de l’agitation stérile et nous oriente vers ce que Dieu attend vraiment de nous.

Le discernement invite parfois à arbitrer entre ce que nous voulons faire et ce que le bon Dieu attend que nous fassions. Il nous invite à ne pas sacrifier notre devoir d’état pour une cause qui serait moins importante, à conserver le sens des priorités, même dans des situations difficiles. Par exemple, le bien intrinsèque de la famille passe avant le bien fait au-dehors. Il serait déraisonnable de fragiliser une famille au nom de l’apostolat. La famille elle-même est une fin primaire du mariage, qui répond déjà à une mission céleste par la procréation : peupler le Ciel, en donnant naissance à de futurs baptisés.

Le discernement ne doit pas non plus être un frein dans la mission. Saint Jean-Paul II nous invite au zèle et à l’élan : « N’ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme ! Et lui seul le sait ! ». De même l’engagement dans la mission accorde des grâces supplémentaires et invite au dépassement de soi ou de ses peurs.

CONCLUSION : UNE FAMILLE EN MISSION

Une famille qui vit sa foi, qui prie ensemble, qui vit le pardon mutuel, qui ouvre sa porte et accueille à sa table, qui éduque ses enfants dans l’amour de Dieu et du prochain, est déjà, en elle-même, un signe éloquent dans le monde. L’apôtre Jean nous rappelle ce critère de reconnaissance que Jésus lui-même a donné : « À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13, 35).

Que cette année placée sous le signe de la Mission soit pour nous, familles chrétiennes, une invitation renouvelée à sortir de nous-mêmes, à nous laisser toucher par la détresse du monde, à annoncer avec joie la foi que nous avons reçue, et à nous soutenir mutuellement dans l’effort quotidien vers une plus grande sainteté. La mission n’est pas une charge supplémentaire, elle est la forme accomplie de l’amour.

Les thèmes des années précédentes

2009 – 2010
La famille à l’épreuve de la modernité

2008 – 2009
Fils et filles : de l’enfance à la maturité

2007 – 2008
La vocation de l’homme

2006 – 2007
La femme, cœur de la famille

2005 – 2006
Le travail et notre famille

2004 – 2005
la maison, sanctuaire de l’amour

2003 – 2004
La règle de vie : soutien des vertus chrétiennes

2002 – 2003
Le devoir d’état chemin de sainteté

2001 – 2002
Famille, terreau de sainteté

2000 – 2001
Prier en famille

1999 – 2000
Famille chrétienne, témoin du plan d’amour de Dieu sur les hommes

1998 – 1999
Famille chrétienne, témoin de l’Esprit Saint en œuvre dans l’église

1997 – 1998
Famille chrétienne, témoin du Christ unique sauveur

1996 – 1997
La permanence du sacrement de mariage

1995 – 1996
Action et Contemplation

1993-1994
Le Sacré Cœur, la doctrine du Christ Roi