« Le service que nous sommes tous appelés à rendre à notre prochain est donc un service d’amour, pour que la vie du prochain soit toujours défendue et promue, mais surtout quand elle est la plus faible ou la plus menacée. »

saint Jean-Paul II, Evangelium vitæ, III, 77.

 

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L’année dernière, le thème nous a permis d’approfondir la relation féconde entre l’Évangile et la famille, « sanctuaire de la Vie ». Par cette évangélisation, la famille rayonne ; loin de se replier sur elle-même, elle s’ouvre aux autres familles et à la société, au service de l’amour et de la vie même. Cette année, nous nous pencherons donc sur la famille au service de la Vie, c’est-à-dire au service de toutes les vies.

À première lecture, dire de la famille qu’elle est au service de la vie semble frapper le bon sens de tout le monde : il paraît logique de respecter, de défendre la vie lorsqu’on fonde une famille.

Pourtant, trop souvent, cette assertion résonne comme un anachronisme, tant l’environnement culturel et social actuel déprécie, voire pervertit, la notion de vie. Et malgré toute notre bonne volonté, des considérations pragmatiques nous font faire, trop souvent, des concessions sur la conception pleine et entière de la Vie telle que le Seigneur nous la confie.

La reconnaissance sociale et professionnelle, par exemple, prend souvent l’ascendant sur le désir de famille. Comme le rappelle saint Jean-Paul II, « en manifestant et en revivant sur terre la paternité même de Dieu, l’homme est appelé à garantir le développement unitaire de tous les membres de la famille. Pour accomplir cette tâche, il lui faudra une généreuse responsabilité à l’égard de la vie conçue sous le cœur de la mère, un effort d’éducation plus appliqué et partagé avec son épouse, un travail qui ne désagrège jamais la famille mais la renforce dans son union et sa stabilité, un témoignage de vie chrétienne adulte qui introduise plus efficacement les enfants dans l’expérience vivante du Christ et de l’Église » (saint Jean-Paul II, Familiaris consortio, I, 25).

Comme l’a justement analysé saint Augustin, le christianisme a fondé l’espérance du ciel sur l’héritage antique grec de la notion de cité terrestre.« Comme l’éducation d’un seul homme, l’éducation légitime du genre humain, représenté par le peuple de Dieu, a passé par certaines périodes ou âges successifs, pour s’élever du temps à l’éternité, du visible à l’invisible » (saint Augustin, De civitate Dei, X, 14). Autrement dit, si nous avons un devoir terrestre de fonder une famille, nous devons le faire dans le souci du ciel et de la Vie Éternelle. Et ce n’est pas chose aisée tant le monde déboussolé d’aujourd’hui nous impose ses valeurs inversées.

La famille au service de tous les âges de la Vie

« Le service de l’évangile de la vie suppose que les familles […] s’emploient à obtenir que les lois et les institutions de l’État ne lèsent en aucune façon le droit à la vie, de la conception à la mort naturelle, mais le défendent et le soutiennent »
saint Jean-Paul II, Evangelium vitæ, IV, 93

Aujourd’hui, beaucoup tentent de séparer la famille de la vie : la vie viendrait servir les intérêts et les passions individuelles les plus insensées.

L’évolution de la société, celle du progrès scientifique, celle des mentalités semblent fonctionner par « cliquet ». Impossible de stopper ce progrès social ! La vie est au service d’une certaine conception de la famille, voire au service des aspirations les plus individuelles (GPA, adoption par des parents homosexuels, transhumanisme, eugénisme,… ).

Les géants du numérique investissent des milliards pour vaincre la mort et créer un homme« immortel ». Les expériences les plus folles n’hésitent pas à bricoler le vivant, à sélectionner les embryons. Aujourd’hui, la vie s’entend comme une volonté humaine, individuelle : à tel point que certains pensent user de leur liberté sur leur propre vie en choisissant délibérément l’euthanasie, qui est présentée par les médias comme un choix de vie plutôt qu’un choix de mort. À la manière de Dimitri, dans Les Frères Karamazov, de F. Dostoïevski, on choisit le suicide« par enthousiasme ».

Cette inversion perverse des valeurs place la famille moderne comme objectif de satisfaction où la vie est un « moyen », un« instrument » dans la main de l’homme. Mais c’est oublier le fondement divin de la vie, qui est un don de Dieu et ne peut être un bricolage du vivant ou une construction démiurgique.

Non, ce n’est pas l’homme qui donne la vie, mais c’est Dieu. Le bienheureux Paul VI, dans sa lettre encyclique sur le mariage et la régulation des naissances (Humanæ vitæ, 13), nous le rappelle avec clarté : « User du don de l’amour conjugal en respectant les lois du processus de la génération, c’est reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres des sources de la vie humaine, mais plutôt les ministres du dessein établi par le Créateur ». Les époux sont ministres de la vie confiée, de la vie naissante à la vie finissante. Saint Jean-Paul II, reprenant cet enseignement, poursuit :« La vie est confiée à l’homme comme un trésor à ne pas dilapider, comme un talent à faire fructifier. L’homme doit en rendre compte à son Seigneur » (Evangelium vitæ, III, 52).

Et le pape François, dans son homélie du 1erjanvier dernier, souligne avec justesse que« servir la vie humaine, c’est servir Dieu ; et toute vie, depuis celle qui est dans le sein de la mère jusqu’à celle qui est âgée, souffrante et malade, à celle qui est gênante et même répugnante, doit être accueillie, aimée et aidée », interrogeant ainsi le regard que nous portons sur la maladie, sur les personnes âgées ou handicapées. De quelle façon les accueillons-nous familialement, personnellement ?

Dans Familiaris consortio (II, 1), il est rappelé que« le but fondamental de la famille est le service de la vie, la réalisation, tout au long de l’histoire, de la bénédiction de Dieu à l’origine, en transmettant l’image divine d’homme à homme, dans l’acte de la génération […]. La fécondité de l’amour conjugal ne se réduit pas à la seule procréation des enfants, même entendue en son sens spécifiquement humain : elle s’élargit et s’enrichit de tous les fruits de la vie morale, spirituelle et surnaturelle que le père et la mère sont appelés à donner à leurs enfants et, à travers eux, à l’Église et au monde ».

Autrement dit, servir la Vie, c’est permettre à cette Vie de grandir, de s’épanouir et de se sanctifier.

La famille, éducatrice de la Vie

« Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? […] Vous n’êtes qu’un peu de brume, qui paraît un instant puis disparaît. Vous devriez dire au contraire : “Si le Seigneur le veut bien, nous serons en vie et nous ferons ceci ou cela” » (Jc 4, 15). Par ces mots, l’apôtre saint Jacques nous rappelle la vérité sur l’homme, créature toute relative à Dieu.

Pourtant, dans nos sociétés modernes, dès leur plus jeune âge, les enfants sont plongés dans un environnement qui les détache et les détourne de la vérité. La famille se définit et se borne alors à un univers matérialiste et consumériste.

Dès lors, la vie ne s’apparente plus qu’à une« survie », soumise aux plaisirs terrestres et éphémères. La seule fenêtre« surnaturelle » se réduit à une réalité fictive, digitale. Et les facilités de communication, qui submergent d’informations les individus, et particulièrement les jeunes, véhiculent des« idéologies destructrices ou des visions déformées de la vie, des familles, de la religion, de la moralité, en ne respectant pas la vraie dignité et le destin de l’homme » (Familiaris consortio, III).

Et cela, d’autant plus facilement que les familles« se déchargent de leur responsabilité éducative ». Au contraire, la famille doit« protéger » les jeunes de ces« agressions » et« devrait avoir à cœur de chercher, pour les enfants, d’autres divertissements plus sains, plus utiles et plus formateurs, au point de vue physique, moral et spirituel, pour promouvoir et valoriser le temps libre des jeunes et mieux orienter leurs énergies ». On comprend dès lors l’importance accordée par les parents dans le choix des activités pour leurs enfants (sport, scoutisme, école, étude), mais également dans l’éveil de leurs consciences, dès leur plus jeune âge, à l’esprit de service et aux vertus chrétiennes.

La famille au service du Ciel

« Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » Jn 11, 26.

La famille a comme devoir premier l’éducation des enfants en Dieu et donc dans la pleine conscience de la vie et du désir de la vie éternelle. « La fin première du mariage, c’est la procréation des enfants et leur éducation », rappelle saint Augustin cité par Pie XI dans Casti connubii. Et,« en devenant parents, les époux reçoivent de Dieu le don d’une nouvelle responsabilité. Leur amour parental est appelé à devenir pour leurs enfants le signe visible de l’amour même de Dieu, d’où vient toute paternité au ciel et sur la terre », poursuit saint Jean Paul II dans Familiaris consortio. C’est cette ouverture des consciences que nous devons désirer pour nos enfants. C’est ce désir surnaturel qui devient le moteur de toute action.

Après le baptême, l’exemplarité des parents et l’instruction qu’ils donneront à leurs enfants pour les mener progressivement à la vie sacramentelle permettront de les préparer à la vie éternelle. Et c’est par cette pleine conscience et cette éducation que nos enfants se détourneront de la vie mondaine pour préférer, dans une juste mesure, la vie chrétienne, harmonie d’action et de contemplation.

La vie humaine est une vie participée : ainsi, propager la vie, c’est finalement rendre à Dieu ce don merveilleux qu’est la vie.

La famille, pour se préparer à la vie éternelle, à la béatitude céleste, doit suivre les pas du Christ. Benoît XVI, dans une de ses homélies, en 2007, à Vienne, nous exhorte à suivre le Christ, car cela signifie « croître dans le partage des sentiments et dans l’assimilation du style de vie de Jésus ; c’est ce que nous dit la Lettre aux Philippiens : “Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus” ».

Oui, c’est par l’imitation de la vie du Christ que nous nous mettons en chemin vers le ciel, au service de la vie :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6), nous dit le Christ.

La vie éternelle commence dès ici-bas par le baptême. Le Catéchisme de l’Église catholique nous indique ainsi que,« dans les sacrements du Christ, l’Église reçoit déjà les arrhes de son héritage, elle participe déjà à la vie éternelle, tout en “attendant la bienheureuse espérance et l’avènement de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus” (Tt 2, 13). “L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! […] Viens, Seigneur Jésus !” (Ap 22, 17. 20) ».

Ainsi, dès le baptême nous« plongeons » dans la vie éternelle, par la confession nous y renaissons, par l’Eucharistie nous y goûtons.« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (Jn 6, 51). La famille au service de la vie est une œuvre magnifique mais parfois difficile, longue et douloureuse.

D’ailleurs, entre les mystères joyeux et glorieux, n’y a-t-il pas toujours les mystères douloureux ? Alors, n’ayons pas peur et gardons confiance !

***

Les trois piliers de Domvs trouvent un écho privilégié dans ce thème :
  • l’approfondissement de la vie intérieure qui vient épanouir cette promesse de vie éternelle,
  • la charité fraternelle dans le respect de toutes les vies et particulièrement les plus vulnérables,
  • l’esprit missionnaire : l’Église, et ses premières composantes que sont les familles, sont missionnaires par nature (Redemptoris missio), en s’engageant résolument dans la défense de la vie et en annonçant par l’évangile la promesse de la vie éternelle. « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17, 3).
L’Évangile au cœur de Domvs Christiani

• L’année 2016-2017 a été pour Domvs « l’année saint Luc » : chaque foyer s’est efforcé de parcourir en lecture cursive cet évangile.

• L’année 2017-2018 était « l’année saint Marc ».

• L’année 2018-2019 sera « l’année saint Jean » selon les mêmes modalités. La newsletter nous y aidera.

Sainte lecture évangélique !
La Coordination générale

 

Crédits photos : Big red 68.
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